« Pianissimo Pianissimo »

« -Grisaille? Qu’est-ce que c’est?

-C’est ce qui domine le monde en douce. Mais ça n’a rien de matériel. En fait, je ne peux pas l’expliquer avec des mots. Ce n’est pas un virus comme la grippe aviaire, ce n’est pas non plus un fantôme, ni un monstre ni un démon. Simplement on en trouve partout. Ils transforment n’importe quoi en gris.  (…) Je ne sais pas si c’est vivant ou mort. Je sais juste qu’une fois atteints de grisaille, les êtres humains et les couleurs perdent de leur éclat. L’homme alors ne peut plus s’émouvoir. La grisaille raffole des sentiments humains. Quand elle te mange le cœur, tu n’es plus qu’un zombi sans cœur et accablé de soucis. »

Ça, c’est un bouquin qui m’a bluffée. Vraiment. Pour deux raisons. Attends, d’abord je te dis de quoi on parle.

Le livre, c’est « Pianissimo Pianissimo » de Hitonari Tsuji (bouquin japonais, donc).

Il s’agit d’un gamin, Tôru, 12 ans, qui a pour meilleurs potes: Hikaru (qui ne peut être vu que de lui seul) et Shirato (le « garçon en jupe » de sa classe). A part ça, sa vie ça craint. Parce que concrètement: y’a rien, c’est tout. Mais les choses vont bouger doucement avec l’apparition d’un fantôme à son collège. Et puis il y a aussi cet autre môme qui disparait. Et puis la fille avec laquelle il s’est décidé à parler, sur Internet.

Voilà pour le décors. Mes 2 raisons qui font de ce livre un coup de cœur?

1. Parce que c’est la première fois que je tombe sur un livre qui parle avec autant de finesse du très glauque sentiment de vide et de flou que peut être la dépression, la déprime, le blues, le dégoût de tout à l’adolescence. Appelle-ça comme tu voudras, selon le degré que tu envisages. L’auteur a trouvé un mot parfait: « la grisaille ». Je ne sais pas comment il dit ça en japonais, mais en tout cas, en français, ça claque. C’est pas « le-feu-de-l’enfer-de-la-mort-qui-tue » à la Baudelaire. C’est: « la grisaille ». Un entre-deux tout pourri, où rien ne vit. Et ses descriptions tout au long du bouquin ont la simple limpidité de la réalité vécue.

2. L’autre raison, c’est le titre: « Pianissimo Pianissimo ». Non, n’y pense même pas, y’a pas de leçon de musique ou même la plus petite ombre d’un piano dans le bouquin. Mais c’est pourtant le titre le mieux trouvé depuis bien un demi-siècle (okay, j’exaggère!). Parce qu’en réalité il se passe plein de choses dans le livre: il y a même une école (monde parallèle) sous l’école; un criminel; une enquête; des parents un peu foireux (ses « Beurk » comme il les appelle); des déceptions; etc. Mais tu vois, le monde parallèle, Murakami Haruki t’en ferait un truc psychédélique, alors qu’avec Hitonari Tsuji: le personnage du « Possédé du dieu chien » et les discussions avec le rat (!!), tout ça passe de façon très naturelle. Et doucement, mine de rien, le bouquin évolue. Doucement, Tôru devient moins vide. Doucement il est d’accord pour vivre. Pianissimo Pianissimo. Le titre te résume toute la philosophie de vie et l’espoir que l’auteur tente de faire passer (enfin selon moi).

Voilà. Lis-le, et dis-moi. Peut-être que ça te lourdera. Peut-être que tu me diras que les délires d’un gamin de 12 ans qui se dépatouille pour sortir sa tête de l’eau, c’est vraiment plus de ton âge. Mais peut-être aussi que tu aimeras. Sait-on jamais!

« Pianissimo Pianissimo » de Hitonari Tsuji, éd. Phébus, 2008 pour la version française. Traduit du japonais par Nakamura Ryôji et René de Ceccatty. J’ajoute que (évidement) « Pianissimo Pianissimo » est le titre original (il semblerait qu’ils ne sont pas complètement stupides chez Phoebus! )^^ La citation d’en-tête est pages 16-17.

3 Commentaires

Classé dans Encre

3 réponses à “« Pianissimo Pianissimo »

  1. Certes je suis une cliente facile, influençable à loisir dans ce domaine MAIS j’avoue que tu me donne envie d’acheter chaque fois que tu raconte un livre!
    Vraiment bravo

  2. marine

    Chouette alors! Merci!!!

  3. Hello🙂

    Je viens tout juste de terminer ce merveilleux livre qu’est « Pianissimo, Pianissimo » et je me suis empressé de faire quelques recherches sur le sujet quand je suis tombé sur ton analyse, qui d’ailleurs est super bien résumée et analysée.

    Je ne lis pas beaucoup (même si j’y travaille ^^) Je suis assez difficile faut dire, mais pour le coup « Pianissimo, Pianissimo » m’a littéralement scotché. J’ai adoré et ça fait du bien de tomber sur des perles comme ce livre là. Voilà🙂 Je suis content d’être tombé sur ta chronique, j’avais besoin de partager mon enthousiasme avec quelqu’un qui à eu le même ressenti sur le ce livre !
    Peace à toi et bonne continuation !

    ps : si tu as des suggestions de livres qui se passent au Japon avec un univers similaire, je suis preneur! Je vais aller explorer un peu ton blog et filer me coucher (il est quand même 4:20 du mat’ merci Torû😉

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